Avec le phénomène El Niño 2015-16, la forêt amazonienne vient de subir un réchauffement et une sécheresse record. Les anomalies ont largement excédé celles des deux précédents El Niño majeurs, 1982-83 et 1997-98.
Une étude publiée dans Science Reports montre qu’El Niño a favorisé un réchauffement sans précédent de l’Amazonie. On savait déjà qu’El Niño et l’oscillation australe étaient pourvoyeur de changements climatiques extrêmes dans cette région du globe. Mais cette fois, les chercheurs estiment que l’Amazonie a connu les températures les plus élevées des 40, voire des 100 dernières années. La période d’octobre à décembre a été particulièrement chaude.
L’Amazonie s’est déjà réchauffée de 0,5°C depuis 1980, avec un hausse plus importante durant la saison sèche dans le sud-est. Outre ce réchauffement moyen, la hausse du thermomètre est favorisée lors des événements El Niño et est aussi affectée par les anomalies de températures dans l’Atlantique tropical.
Le réchauffement a connu un pic en octobre 2015, dépassant de… 1,5°C celui observé en octobre 1997 et de 2°C celui enregistré en janvier 1983.


Une “sécheresse extrême” a également touché une surface plus étendue que lors des événements précédents. Un dipôle atypique a été observé avec un nord-est très sec et un sud-ouest humide. Une configuration comparable avec El Niño 2009-2010. En février-mars 2016, 13% de la forêt tropicale était dans un état de sécheresse extrême, un record. Jusqu’à présent, l’Amazonie n’avait été touchée qu’à hauteur de 8 à 10% au maximum. En 1982-83 et 1997-98, de vastes régions avaient été également touchées par la sécheresse mais celle ci était plus modérée (il y a trois niveaux : modéré, intense et extrême).
Des données satellites de la NASA avaient déjà suggéré en juin dernier que la réduction des précipitations pendant la saison humide avait laissé l’Amazonie, début 2016, plus sèche que tout autre année depuis 2002.
El Niño a été particulièrement fort en 1982-83 et 1997-98 mais les températures de surface de la mer dans le Pacifique équatorial avaient davantage touché l’est du bassin océanique à l’époque. Il semblerait qu’un El Niño plus central, comme ceux de 2009-10 et 205-16, soit davantage susceptible de provoquer un dipôle nord-est/sud-ouest. La localisation du maximum de température, au centre ou à l’est du Pacifique, est donc l’élément déterminant.
Une autre différence notable est la situation qui a prévalu avant les années El Niño, à savoir 1981, 1996 et 2014. L’Amazonie s’est réchauffée dès 2014 avec un pic en septembre et une anomalie de déjà 1°C, alors que les conditions étaient respectivement froides et neutres en 1981 et 1996.
Les conditions chaudes de 2014 ont aidé à la formation d’un El Niño majeur en 2015. Les coups de vents d’est dans l’océan Pacifique tropical avaient stoppé un potentiel El Niño en 2014, laissant une bande d’eau chaude dans le Pacifique central. La présence de cette eau chaude empilée a cependant par la suite servi de réservoir au monstrueux El Niño qui s’est finalement formé en 2015.
La crainte est que des sécheresses extrêmes réduisent le taux d’absorption du CO2 de la forêt tropicale amazonienne, favorisant également les incendies et la perte de biomasse.
De précédente études simulant la déforestation de l’Amazonie pointent un risque d’une baisse de 20 à 30% des précipitations, un allongement de la saison sèche et une élévation des température estivales.
Si le réchauffement dépasse globalement les 1,5°C, la forêt amazonienne pourrait être en péril. Les simulations des modèles prévoient un dépérissement dans une fourchette de 10 à 250 ans. Les chercheurs retiennent un seuil à 50 ans après lequel la forêt amazonienne, qui stocke 150 à 200 Gt de carbone, deviendrait une source, larguant environ 50 Gt.
Actuellement, les conditions sont neutres à la surface du Pacifique et les chances d’émergence du phénomène La Niña sont de 50%. Cependant, la sécheresse devrait se poursuivre dans les prochains mois.